La Puce à l'oreille
Mise en scène Lilo Baur
Du 5 June au 23 July
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La Puce à l’oreille signe en 1907 le retour triomphal de Feydeau au vaudeville. D’une construction redoutable assortie d’une incroyable fantaisie, c’est « un feu d’artifice allumé au-dessus d’une fourmilière » comme le souligne la critique de l’époque qui s’emballe également pour l’adresse avec laquelle y est renouvelé le thème du sosie. L’objet principal de la confusion à venir est un colis ouvert « par mégarde » par l’épouse de M. Chandebise : des bretelles envoyées depuis l’hôtel du Minet- Galant. Piquée, Raymonde se persuade qu’elle est trompée. Elle fait appel à son amie Lucienne pour rédiger une missive donnant rendez- vous à son époux dans ce même hôtel. Bien mal en a pris à la complice car la lettre écrite de sa main tombe dans celles de son propre mari, qui se pense à son tour outragé... Tous se retrouveront au Minet-Galant où le garçon de l’hôtel, Poche, est le sosie du mari de Raymonde. La Puce à l’oreille exploite plus que jamais d’ingénieuses ressources scéniques : un « escalier de secours » et surtout un stratagème pour faire disparaître à la moindre alerte les couples adultères.
En confiant à Lilo Baur cette pièce qui ne fût jouée pour la première fois à la Comédie-Française qu’en 1978, Éric Ruf offre à la Troupe une nouvelle occasion de faire valoir sa maîtrise de la mécanique propre au maître du vaudeville. Dans un décor de montagne, dans les années 1960, la metteuse en scène développe son univers burlesque et dirige les comédiens sur un rythme endiablé propice à satisfaire leur amour du jeu.
Non, Feydeau n’est pas un intrus à la Comédie-Française et les débats sur la pertinence de son inscription au Répertoire sont révolus. Refusée en 1926, Feu la mère de madame entre au Répertoire en 1941 dans une prestigieuse distribution. La presse continue en 1951 de se poser la question de cette légitimité avec Le Dindon mais elle demeure bien seule face aux applaudissements du public. Dix-sept pièces (sans compter les monologues) ont donc été jouées au Français, certaines plusieurs fois par des metteurs en scène de diverses sensibilités mais tous confrontés à la même gageure : quelles libertés peuvent-ils se permettre face à la mécanique parfaitement huilée et éprouvée des pièces de Feydeau ?
Du respect scrupuleux de la plantation et des caractères (La Dame de chez Maxim, 1981) à la multiplication de références au XXe siècle, le pilotage automatique n’empêche pas quelques changements de cap. Par de légers et discrets glissements temporels (Un Fil à la patte, 2010) ou par un ancrage volontaire dans la société contemporaine via la mode vestimentaire (Chat en poche, 1998) et la musique électronique flirtant avec Schubert (Quatre pièces en un acte, 2009), les costumes et la musique actualisent la pièce sans en modifier une virgule, si ce n’est une note en prenant au pied de la lettre le « chœur » des filles Mathieu pour faire chanter celles-ci (L’Hôtel du libre-échange, 2017). Quant au décor décrit minutieusement dans les didascalies, il vole en éclats (Chat en poche, 1998 ; Le Dindon, 2002) pour mieux servir la folie de Feydeau ou déborde du cadre strict de l’intérieur bourgeois pour s’ouvrir sur l’extérieur (Le Système Ribadier, 2013).
Le parti-pris de retenue des metteurs en scène qui dépouillent ce théâtre de son côté vaudevil-lesque (comme La Puce à l’oreille en 1978) rarement revendiqué (Occupe-toi d’Amélie, 1995) offre une écoute différente pour les monologues (Le Cercle des castagnettes, 2012). En an-crant ainsi les pièces dans une époque plus contemporaine, les metteurs en scène assument les références cinématographiques récurrentes qui ont nourri leur représentation de la bizarrerie (Le Système Ribadier, 2013), le jeu au ralenti des comédiens (Le Dindon, 2002) ou les inserts filmés du début du cinéma (Monsieur chasse !, 1987). Qu’importent les chemins de traverse pourvu qu’on ait l’ivresse !
- Système Ribadier, 2013 - photo. Brigitte Enguerand © Coll. Comédie-Française
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Directed by: Lilo Baur
Scenography: Andrew D Edwards
Costumes: Agnès Falque
Lights: Fabrice Kebour
Original music and sound concept: Mich Ochowiak
Adjustment of movements: Joan Bellviure
Makeup: Carole Anquetil
Artistic collaboration: Katia Flouest-Sell
Documents
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Programme de La Puce à l'oreille, de Georges Feydeau. Mise en scène Lilo Baur. Salle Richelieu.