Le Moche

by Marius von Mayenburg
directed by Aurélien Hamard-Padis
translated by Laurent Muhleisen
Saison 2024-2025
Du 27 March au 4 May
Durée 1h15
Lieu Studio
Le Moche
This futuristic play questioning our profound relationship with conformism, at the crossroads of fantasy drama and social comedy, was written by major contemporary author – and dramaturg for Thomas Ostermeier and the Berlin Schaubühne – Marius von Mayenburg.

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  • It tells the story of Lette, a brilliant engineer unable to understand why management decided to send his assistant to an important convention to present his latest achievement in his place. Finally, he finds out why: he is phenomenally ugly. His wife assures him of his inner beauty, but he is so astounded that he decides to get surgery to get a completely new face. Lette’s peers become insanely jealous of his fully artificial beauty, and constantly compare themselves to his new self. Soon, they all start undergoing the very same procedure: in the street, in the office, Lette is constantly faced with carbon copies of himself…
    Echoing our society fuelled by social media, subjected to algorithms, and gradually governed by standards generated by artificial intelligence, this tale questions our current relationship with identity, norms, and relationships. Due to work obligations and unsettling personal events, the play’s naïve hero is inadvertently swept off in a world frantically obsessed with beauty and appearances. As a former member of our Academy, director Aurélien Hamard-Padis is used to regularly working with the Troupe. He tackles a challenging play which confuses our perception through situational liveliness and astonished characters – blurring the lines between beauty and ugliness, reason and insanity, and, in a hilarious fashion, between ourselves and others.

    NEW PRODUCTION

    WARNING FOR PHOTOSENSITIVE PERSONS
    Strobe effects of about twenty seconds are used at two specific moments in the show.

    « Le beau n’a qu’un type, le laid en a mille », écrit Victor Hugo (préface de Cromwell), fasciné par l’alliance du grotesque et du sublime – fondatrice du drame romantique – qui renouvelle la perception de la beauté, désormais diffractée au regard de celle définie par les Anciens, par exemple Socrate dans Le Banquet de Platon mis en scène par Jacques Vincey (2010). La beauté formelle n’est plus le reflet de celle intérieure, spirituelle, ni le contraire de la laideur dont il est désormais admis que le mélange des deux concepts peut créer du Beau.

    Le langage courant hérite de deux immortelles figures du théâtre de Molière pour qualifier la beauté et la laideur dans leur diversité : la séduction décomplexée du donjuanisme et le masque méprisable de la tartufferie. Les ridicules Pourceaugnac, affublé d’un costume de mauvais goût, et Trissotin, poète médiocre et prétentieux dans Les Femmes savantes, déclinent, chez Molière, l’image de la médiocrité physique et morale.

    Le personnage à la laideur la plus célèbre, ou du moins le plus complexé par son physique, socle de l’intrigue de la pièce, est évidemment Cyrano de Bergerac (1929, 1938, 1964, 2006 et 2023). Le panache de sa verve déclasse ses collègues du répertoire peu désirables, souffrant d’obsessions physiques (Estragon et sa chaussure dans En attendant Godot de Beckett en 1978) ou de prétentions donjuanesques, pour ne citer que Falstaff, la « baleine avec tous ces tonneaux d’huile dans le ventre » (Les Joyeuses Commères de Windsor de Shakespeare en 2009). Les époux ne sont pas mieux dotés chez Feydeau, comme le démontre Viviane dans Un fil à la patte (1961 et 2010) : « Regarde, dans n’importe quel ménage, quand il y a deux hommes, c’est toujours le mari qui est le plus laid…alors !…». Alors, Feydeau s’évertue à déployer inlassablement des stratagèmes au service de l’infidélité de ses personnages... Boubouroche, au dos de pachyderme et tête de sanglier, ridiculisé dans la pièce homonyme de Courteline en 1910, châtie l’amant mais épargne Adèle.

    Dès lors que les yeux d’un visage disgracieux souffrent, de surcroit, de la laideur du monde, les pièces basculent dans la tragédie, sous la plume de Tchekhov et de Sartre, lui-même prolixe sur sa propre laideur. Ivanov se suicide (1984). L’enfer décrit dans Huis clos (1990) n’est autre que le regard d’autrui qui nous enlaidit : « "Va-t’en ! Tu me dégoûtes encore plus qu’elle ! Je ne veux pas m’enliser dans tes yeux. Tu es moite ! Tu es molle ! Tu es une pieuvre, tu es un marécage" (Garcin à Estelle). Nain bouffon qui a véritablement existé, l’immoral Triboulet, « difforme, […] malade, […] bouffon de cour ; triple misère qui le rend méchant » (préface du Roi s’amuse de Hugo) n’en demeure pas moins un père victime de la malédiction sur sa fille.

    L’archétype de la laideur bicéphale — physique et morale — est incarnée par Richard III de Shakespeare (1973) qui dresse le portrait du Duc de Gloucester, laid, difforme, boiteux, meurtrier avide de pouvoir et de vengeance, qui n’a « d’autre plaisir, pour passer le temps, que d’épier son ombre au soleil et de fredonner des variations sur sa propre difformité ». Parmi les autres figures maléfiques du répertoire shakespearien, Caliban, « monstre singulièrement niais » dans La Tempête (1998), est l’image obsolète du sauvage, menteur et difforme. L‘horreur des infanticides, viols, sacrifices et autres infamies véhiculées par les tragédies antiques marquent le répertoire de la Comédie-Française depuis sa fondation avec ses cohortes d’Iphigénie, de Médée, de Macbeth, de Phèdre… Le plus souvent, le visage des meurtriers est entaché par l’ignominie de leur acte, comme celui de Clytemnestre, « cette femme de plus en plus laide » qui tue son mari Agamemnon, tel que le décrit un mendiant à Électre et Oreste. L’incarnation de Lucrèce Borgia par un acteur (Guillaume Gallienne) en 2014 dans la mise en scène de Denis Podalydès, tourne le dos au réalisme par le masque du travestissement, et contribue à donner une dimension cauchemardesque où le monde n’est pas tel qu’il nous est donné à voir, sorte de vision faustienne dans laquelle Méphistophélès apparait sous la forme d’un chien puis d’un humain (Faust de Goethe en 2018).

    Au contraire de Clytemnestre enlaidie par son acte meurtrier, Genet recommande, dans sa préface des Bonnes, que les actrices soient de préférence amaigries, subtilement ridées et pas jolies, mais préconise aussi « que tout au long de la soirée, on les voie embellir jusqu'à la dernière seconde (…). Elles sont donc fanées, mais avec élégance ! Elles n'ont pas pourri ». Si le meurtre n’entache pas Le Journal d’une femme de chambre (1999), Mirbeau n’en égratigne pas moins la bourgeoisie dont il condamne la conduite avilissante envers la chambrière Célestine : « Vous êtes laide… très laide… trop laide… Eh ! mon Dieu, je m’habituerai à votre laideur, à votre figure… Il y en a de jolies qui sont de bien méchantes femmes et qui vous volent, c’est certain !… La laideur, c’est quelquefois une garantie de moralité, dans une maison… Vous n’amènerez pas d’hommes, chez moi, n’est-ce pas ? »

    L’assassinat n’étant plus associé à la laideur, Claire et Solange (Les Bonnes jouées en 1995) s’épanouissent dans l’assouvissement de leur violence contre leur maitresse dont elles se libèrent, et la laideur du sanguinaire Caligula rapportée par Suétone dans l’Antiquité, s’estompe sous la plume de Giraudoux (1992). Face au miroir, le constat de l’empereur ne terrifie plus : « Trop de morts, trop de morts, cela dégarnit. »

    Libres sont les personnages d’interpréter à leur guise le verdict du miroir qu’ils questionnent.
    « Ne t’en prends pas au miroir si tu as la gueule de travers », avertit Gogol, avec ce dicton populaire, au début de sa satire sociale Le Révizor (1999). La méprise sur la véritable identité du nouveau venu dans la ville est l’argument de cette fable sans concession sur la corruption de ses habitants, bassesse également ancrée dans les quartiers londoniens interlopes, quelque peu crasseux, décrits par Brecht (L’Opéra de quat’sous en 2011 et 2024).

    Cette saison, les choses sont dites. Ce n’est pas le nom du personnage principal mais son apparence physique qui fournit impitoyablement le titre à une pièce : Le Moche. Au-delà du débat sur la laideur et la beauté, cette comédie questionne avec humour la douloureuse sentence du regard des autres et de l’acception de celui-ci. Miroir, mon beau miroir, dis-moi ?

    Florence Thomas
    Archiviste-documentaliste à la Comédie-Française

    NB : les dates correspondent à l’année de la mise en scène à la Comédie-Française

  • Directed by: Aurélien Hamard-Padis
    Translation: Laurent Muhleisen
    Scenography: Salma Bordes
    Costumes: Claire Fayel
    Lighting: Jérémie Papin
    Sound: Antoine Richard

Documents

Casting

  • Thierry Hancisse
    Lette, le moche
    Sylvia Bergé
    Fanny, la femme de Lette, Fanny, une vieille dame riche et Fanny, l’assistante du chirurgien
    jordan rezgui
    Scheffler, le chef de Lette et Scheffler, un chirurgien
    thierry godard
    Karlmann, l’assistant de Lette et Karlmann, fils de la vieille dame riche

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