Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée
Mise en scène Laurent Delvert
Du 16 janvier au 24 février
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Avec ses proverbes, Musset renouvelle la comédie de mœurs, dans une forme libre qu’il assume loin des simples divertissements de salon, l’enrichissant d’une dimension morale. Succès dès sa création en 1848, ce proverbe en un acte joué chaque année au Français entre 1910 et 1970 ne l’avait plus été depuis 1980.
Pour sa première mise en scène avec la Troupe qu’il connaît bien pour avoir été l’assistant de nombreux metteurs en scène, dont Ivo van Hove pour Les Damnés, repris cette saison, Laurent Delvert a choisi cette pièce qui l’accompagne depuis près de vingt ans. « J’ai grandi avec elle », confie-t-il. Il fait résonner la langue de Musset dans un loft-atelier, un salon moderne empreint de l’agitation urbaine, îlot flottant à même de faire ressortir les enjeux intimes et sociaux de l’entrevue de la Marquise et du Comte qui n’ose lui demander sa main. Mais ce jour, par un heureux hasard du mauvais temps ou par la mise en œuvre d’une manigance féminine, il est le seul invité à se présenter chez elle. S’ouvre alors une joute verbale, « magnifique et sensuelle confrontation, animale aussi, faite de tension et de désir mêlés ». Laurent Delvert s’intéresse autant à nos résistances qu’à nos vies qui s’écoulent doucereusement sans faire de choix. « Mais fermez donc cette porte ! », répète la jeune femme, exhortant son soupirant à s’abandonner à "l’inconnu"...ALFRED DE MUSSET est à la fois l’enfant prodige du romantisme et le moins joué des romantiques, du moins de son vivant. À 20 ans, il présente La Nuit vénitienne à l’Odéon, premier essai… et premier échec, qui l’amène à se détourner du plateau, à s’affranchir des contraintes de la scène pour écrire des pièces rassemblées sous le titre Spectacle dans un fauteuil, théâtre de lecture qu’il n’envisage pas de monter. Et pourtant, Musset deviendra l’un des auteurs du Répertoire le plus fréquemment joué. Sa pièce en forme de proverbe, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée, est assez caractéristique de cette singularité.
Une première catastrophique, un succès durable
En 1848, Musset est, sur les plans personnel et littéraire, au plus mal : dépression chronique, désillusions sentimentales, alcool et drogues ont tari son inspiration et il écrit de moins en moins. À la veille de la Révolution, un événement providentiel le sauve de la pauvreté : le retour de Madame Allan-Despréaux de Russie où elle a joué son théâtre. L’actrice qui entre à la Comédie-Française fait rebondir sa carrière.
Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée est créée en pleine Révolution, le 7 avril 1848, au Théâtre-Français rebaptisé Théâtre de la République. La pièce dure une quarantaine de minutes et semble totalement hors du temps alors que la monarchie de Juillet a été renversée et que Paris est à feu et à sang. Quelques dizaines de personnes à peine viennent l’applaudir. Ironie du sort, la veille, la salle affiche « complet » pour la représentation républicaine gratuite qui met à l’honneur trois muses et trois amours de Musset : George Sand, sa grande passion de jeunesse, Pauline Viardot, cantatrice dont il a été épris sans retour, et Rachel, qui interprète la Marseillaise et incarne ainsi la Liberté et la République.
La critique ne prend pas Musset très au sérieux. Il paraît en décalage avec son époque, fait figure d’excentrique et donne une bouffée d’air suranné, dans le flot des créations de circonstances. En effet, dans le contexte révolutionnaire, on juge les pièces à l’aune de leur moralité politique, à l’égard des récents bouleversements, et la pièce de Musset n’est défendue que par son ami Théophile Gautier.
Et pourtant, si les critiques sont majoritairement négatives et la première quasi-déserte, la pièce est jouée 52 fois dès la première année. Les proverbes mussétiens trouvent rapidement leur place dans l’alternance et sont très fréquemment repris par la suite.
- Visuel : Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée d'Alfred de Musset, 1937 – photo. Manuel frères, coll. CF
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Mise en scène : Laurent Delvert
Scénographie : Philippine Ordinaire
Costumes : Christian Lacroix
Lumières : Nathalie Perrier
Son : mme miniature
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Programme d'Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Mise en scène de Laurent Delvert, Studio-Théâtre (saison 2018/2019).