La Nuit des rois ou Tout ce que vous voulez
Adaptation et mise en scène Thomas Ostermeier
Du 4 février au 22 mars
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Thomas Ostermeier ouvrait la saison dernière avec cette Nuit des rois endiablée. Réputé pour ses mises en scène alliant fidélité à la situation dramatique et liberté d’interprétation, il se concentre sur ce qu’il nomme l’acteur-créateur et fait ici entrer les comédiens en Illyrie, royaume de l’illusion et de l’artifice. Il lui donne la forme d’un paysage d’émotions à l’envers dangereux, où la folie rôde. « Dans l’univers de Shakespeare, dit-il, la parole est une arme magnifique et incroyablement puissante. Et comme toutes les armes, elle est à double tranchant : elle peut servir à dire la vérité aussi bien qu’à mentir, à dépeindre un monde contraire à ce qu’il est en réalité, afin de manipuler les interlocuteurs et de poursuivre des intérêts. Quand on joue avec les paroles, qu’on les retourne, le monde lui-même en devient fou. »
Cette comédie des apparences conte l’histoire de Viola, rescapée d’un naufrage – comme son jumeau Sébastien – qui se travestit, prend le nom de Césario et offre ses services au duc Orsino. Charmé, ce dernier en fait son page et le charge de transmettre son amour à la Comtesse Olivia. Mais Césario/Viola, secrètement séduit(e) par le Duc, excelle si bien dans sa mission que la Comtesse s’éprend de son ardeur. Parallèlement, un quatuor, aux manœuvres éminemment comiques, révèle la face violente de la mascarade amoureuse. Au-delà du plaisir de la fête, Thomas Ostermeier met en valeur la profondeur des questions existentielles que Shakespeare soulève à partir de cette intrigue amoureuse placée sous le signe du trouble des genres.
Plan de salle spécifique
(Attention : certaines scènes de ce spectacle sont susceptibles de heurter la sensibilité des plus jeunes.)— Retrouvez la nouvelle traduction du texte d'Olivier Cadiot ici
LES COMÉDIES DE SHAKESPEARE entrent tardivement au Répertoire. Les adaptateurs des XVIIIe et du XIXe siècles s’intéressent avant tout aux intrigues tragiques, les modifiant sans scrupules pour les adapter au goût français. George Sand sera la première à adapter une comédie, Comme il vous plaira, en 1856. Puis La Mégère apprivoisée est arrangée par Paul Delair, en 1891, entièrement recomposée autour de quatre personnages.
À partir des années 1920, on joue ces comédies dans des traductions plus fidèles : La Nuit des rois est montée par Jacques Copeau, en 1940, dans la traduction de Théodore Lascaris, Un conte d’hiver, traduit par Claude-André Puget, en 1950, Le Songe d’une nuit d’été, adapté par Pierre Charras, en 1965, Périclès prince de Tyr, texte français de Jean-Louis Curtis, en 1974, Le Marchand de Venise, par Jean-Michel Déprats, en 1987, La Tempête dans la version de Xavier Maurel, en 1998, Les Joyeuses Commères de Windsor dans la traduction de Jean-Michel Déprats, en 2009, Troïlus et Cressida dans la traduction d’André Markowitz, en 2013. Mais nombre de comédies célèbres de Shakespeare restent encore absente du répertoire de la Comédie-Française, à l’instar de La Comédie des erreurs, Peines d’amour perdues, Beaucoup de bruit pour rien, Comme il vous plaira, Mesure pour mesure, Tout est bien qui finit bien.La quatrième _Nuit_
La Nuit des rois est, en revanche, l’une des comédies de Shakespeare les plus souvent jouées avec trois mises en scène avant celle de Thomas Ostermeier.
Jacques Copeau la fait entrer au Répertoire, le 23 décembre 1940, dans un contexte national et interne à la Comédie-Française très tendu. Paris est occupé par les Allemands, les théâtres ont été fermés, puis rouverts, mais doivent désormais composer avec la nouvelle administration. En avril, l’administrateur général Édouard Bourdet est hospitalisé, à la suite d'un accident de la circulation. Jacques Copeau, metteur en scène d’avant-garde, membre du Cartel, créateur du Théâtre du Vieux-Colombier, est appelé à assurer l’intérim. En décembre, le bruit court qu’il voudrait définitivement évincer Bourdet, ce qu’il dément dans la presse en assurant que Bourdet, lui-même, encourage sa nomination – effective le 30 décembre. La mise en scène de La Nuit des rois se fait donc dans des circonstances très politiques.Le choix de la pièce n’est pas anodin pour Jacques Copeau : au moment où il cherche à s’imposer, il reprend l’une de ses pièces fétiches. C’est elle, en effet, qui l’a fait connaître en 1914 alors qu’il fonde le Théâtre du Vieux-Colombier. Son style tranche radicalement avec les mises en scène de l’époque, encore marquées par la comédie bourgeoise et naturaliste. L’épure est le mot d’ordre de cette nouvelle vision de la scène et de ce spectacle repris après la guerre. Mais en 1940, la nouvelle mise en scène à la Comédie-Française est beaucoup plus fastueuse et féérique que le tréteau nu du Vieux-Colombier (décor de Suzanne Reymond, qui reproduit la galerie d’un théâtre élisabéthain, costumes de Marie-Hélène Dasté). Les critiques soulignent également la « bouffonnerie » qui prévaut, changeant la Comédie-Française en un « Guignol frénétique », « une fête des yeux et des oreilles », parfois un peu excessive (Georges Pioch, L’Œuvre, 28 décembre 1940). Cette fois, le charme n’opère pas et la plupart des critiques sont nostalgiques des représentations du Vieux-Colombier.
La deuxième Nuit des rois présentée au Français est tout aussi mémorable que celle de Jacques Copeau. Pendant les années 1960, la Comédie-Française s’était interrogée sur l’opportunité de faire appel à un metteur en scène anglais pour monter « le grand Will » : Laurence Olivier, Peter Brook, Orson Welles avaient été évoqués. Pierre Dux porte son choix sur un jeune metteur en scène prometteur. En 1976, Terry Hands, codirecteur de la Royal Shakespeare Company, animateur du festival de Stratford et metteur en scène au Français de Richard III et Périclès prince de Tyr, monte La Nuit des rois à l’Odéon avec la troupe du Français (texte de Jean-Louis Curtis). Il conçoit la pièce comme une réaction en chaîne inévitable, une horlogerie du destin qu’on ne peut arrêter. Selon Hands et comme l’établit également Thomas Ostermeier – metteur en scène de la quatrième Nuit des rois au Français –, la question des genres taraude Shakespeare et remet totalement en cause la concordance habituellement admise entre l’orientation sexuelle et le désir. L’amour physique se joue d’individu à individu, davantage que sur le plan psychique : « Dans cette affaire, l’ambiguïté ne se place pas au niveau de la morale. L’essentiel est de montrer que chaque caractère est homothétique aux autres : ainsi le suggère Shakespeare en faisant intervenir des jumeaux, en multipliant les déguisements. Tous identifient l’amour à la réalisation d’un projet strictement matériel et physique. La seule vraie passion qui surgisse dans cette pièce volontairement privée de lyrisme est celle d’Orsino pour son page, car le travesti lui cache la femme pour le laisser en face d’un être humain. Shakespeare en bref se livre à une virulente satire des théories phallocrates et MLF. » (Cité par Claude Baignières), Le Figaro, 26 février 1976. Pour cela, Terry Hands équipe la scène d’un simple praticable pour laisser le champ aux acteurs en costumes, renouant en cela avec l’épure adoptée par Jacques Copeau au Théâtre du Vieux-Colombier.
La troisième Nuit est celle d’Andrzej Seweryn, en 2003 (traduction de Jean-Michel Déprats). Le sociétaire et metteur en scène polonais considère que Shakespeare, en son pays, est vu comme le plus polonais des auteurs étrangers. Il conçoit sa mise en scène comme le triomphe de l’ambiguïté : « Ce trouble du désir, sujet central de la pièce, me semble très actuel. Dans notre civilisation de l’image, on ne croit que ce que l’on voit. Mais qui sommes nous au-delà de l’image ? » (Cité par Marion Thébaud, Le Figaro, 11 septembre 2003). Le décor de Rudy Sabounghi, étagé à l’aide d’une passerelle qui fait la longueur du plateau, permet de suivre parallèlement les aventures du Duc et d’Olivia, dans un montage qui s’approche des procédés cinématographiques.
- Visuel : La Nuit des rois, 1976, mise en scène de Terry Hands, avec Ludmila Mikaël, François Beaulieu, Dominique Rozan – photo. © C. Angelini, coll. Comédie-Française
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Traduction : Olivier Cadiot
Adaptation et mise en scène : Thomas Ostermeier
Scénographie et costumes : Nina Wetzel
Lumière : Marie-Christine Soma
Musiques originales et direction musicale : Nils Ostendorf
Dramaturgie et assistanat à la mise en scène : Elisa Leroy
Conseil à la dramaturgie : Christian Longchamp
Travail chorégraphique : Glysleïn Lefever
Réglage des combats : Jérôme Westholm
Collaboration à la scénographie et aux costumes : Charlotte Spichalsky
Documents
Distribution
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Curio, gentilhomme de la suite d’Orsino, le Capitaine du vaisseau naufragé, ami de Viola et Officier au service d’Orsino -
Contre-ténor : Paul-Antoine Bénos-Djian et Paul Figuier (en alternance)
Théorbe : Clément Latour et Damien Pouvreau (en alternance)