Bajazet
Mise en scène Éric Ruf
Du 16 mai au 28 juin
Découvrir la pièce
-
Écrite en 1672 par un Racine en pleine gloire, « Bajazet » est l’une des ses pièces les plus rarement montées. S’y retrouvent pourtant tous ses thèmes privilégiés plus que dans n’importe quelle autre de ses pièces. Deux fantasmes y sont extraordinairement imbriqués, celui du gynécée, antre de l’intime féminin, et celui du pouvoir qui, porté par un être absent dont le retour est incertain, s’en trouve décuplé.
Parti assiéger Babylone, le sultan Amurat a transmis tout pouvoir à sa favorite Roxane. Suspectant l’ambition de son frère Bajazet qu’il tient enfermé au sérail, il fait envoyer à la nouvelle sultane une lettre porteuse d’un ordre de mise à mort. Par ailleurs, le grand vizir Acomat se sentant en disgrâce complote pour que Bajazet accède au trône : il tue l’esclave messager et organise une rencontre entre son protégé et Roxane afin qu’elle tombe amoureuse et lui donne le pouvoir. La princesse Atalide, qu’il prévoit d’épouser, lui sert d’intermédiaire. Tous ignorent encore l’amour secret qui unit Bajazet et Atalide depuis l’enfance.
Le sérail qu’Éric Ruf met en scène en 2017 au Théâtre du Vieux-Colombier et décrit comme le lieu du pouvoir rencontrant celui de l’intimité absolue, agit alors comme une chambre sourde : « rarement lieu de fiction aura figuré le cœur abîmé d’amour : Racine y concentre sa plume pour les errements du cœur, l’espace physique est celui du sentiment, l’architecture du sérail celle des détours intérieurs. Pas de vent tragique ici, ni de chapiteaux corinthiens, nulle mythologie mais la description plus concrète, plus narrative, des atermoiements du cœur humain ».
OUVERTURE DES VENTES EN JANVIER 2020
Créé en 1672, Bajazet est, jusqu’en 1815, l’une des pièces du Répertoire les plus régulièrement jouées– à raison de quelques représentations par an. Par la suite, le public n’eut pas l’assurance de la voir aussi souvent car elle ne fait plus partie du « fonds de Répertoire », c'est-à-dire des pièces qui constituent le socle de jeu de la Troupe, qu’elle interprète suivant l’alternance plus intense qu’aujourd’hui avec plus d’une centaine de pièces interprétées chaque année. Il faut attendre que de grands interprètes s’en emparent pour la voir représenter sur scène – Rachel joue Roxane de ses débuts en 1838 jusqu’en 1854 – ou que l’on renouvelle les représentations avec une distribution inédite. Adeline Dudlay (Roxane) et Albert-Lambert (Bajazet) dominent celle de la reprise de 1887, Madeleine Roch et Mme Segond-Weber se partagent les rôles de Roxane et d’Atalide à partir de 1905. Bajazet, pièce orientale, est une œuvre qui coûte cher au théâtre en décors et aux comédiens en costumes.
C’est en 1937 que pour la première fois, un metteur en scène, Jacques Copeau, s’empare de la pièce. Ses interprètes Maurice Escande, Mary Marquet et Véra Korène évoluent dans des décors de Louis Sue et arborent des costumes de Marie-Hélène Dasté, premiers exemples de costumes peints à la Comédie-Française, ces ornements remplaçant les traditionnelles broderies. Jacques Copeau met en œuvre son esthétique propre avec une simplification des formes, tant pour les costumes que pour le décor aux lignes épurées, prenant de la distance avec les représentations qui privilégiaient jusque-là des textiles brodés, rehaussés de pierreries, des décors très complexes aux riches tentures pour représenter l’opulence du sérail. Sa proposition marque les esprits : Maurice Escande élaborera une nouvelle mise en scène « d’après Jacques Copeau » en 1949 et Jean Marchat, en 1957, gardera également les costumes et décors de 1937.
En 1966, Michel Etcheverry propose lui une mise en scène avec de nouveaux costumes et décors, avant Éric Vignier, en 1995, au Théâtre du Vieux-Colombier. Éric Ruf qui tenait alors le rôle-titre proposera sa propre vision de la pièce, dont il crée la scénographie et la mise en scène, en 2017 au Théâtre du Vieux-Colombier.
- Bajazet, 1933 (1) © photo. Manuel frères / Coll. Comédie-Française
-
Mise en scène et scénographie : Éric Ruf
Costumes : Renato Bianchi
Lumières : Franck Thévenon
Son : Dominique Bataille
Maquillages et coiffures : Catherine Bloquère
Collaboration artistique : Claude Mathieu
Assistanat à la mise en scène : Thomas Gendronneau
Assistanat à la scénographie : Caroline Frachet
Distribution
-
Zaïre