Le Misanthrope
Mise en scène Clément Hervieu-Léger
Du 15 juin au 21 juillet
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Pour Molière, 1665 – l’année d’écriture du Misanthrope – est une année de trahison : celle de Racine, qui donne sa tragédie Alexandre le Grand à la troupe de l’Hôtel de Bourgogne, après l’échec de sa création par celle de Molière au Théâtre du Palais-Royal. Les résonances autobiographiques nourrissent-elles l’humeur noire d’Alceste qui, pour haïr une personne, décide de haïr la terre entière ? Le sociétaire Clément Hervieu-Léger explore avec Le Misanthrope le tempérament de « l’atrabilaire amoureux », son combat contre la fatigue de soi et sa solitude. L’œuvre donne à voir une société libérée de l’emprise parentale et religieuse, dont le vernis social s’écaille lorsque surgit le désir.
Poussés à bout par la radicalité d’Alceste prêt à renoncer à toute forme de mondanité, les personnages dévoilent, le temps d’une journée, les contradictions du genre humain soumis à un cœur que la raison ne connaît point. Ils composent un microcosme social qui prend place non dans l’ambiance feutrée d’un salon mais dans un espace ouvert, le palier d’un hôtel particulier en réfection. Le décor est un lieu en mouvement, la métaphore de ce que doit être, selon le metteur en scène, le répertoire « qui évolue, complètement dans son siècle, mais nourri des siècles précédents et tourné déjà vers le siècle à venir. J’appartiens à un théâtre de répertoire, et je me dis que si l’on ne pose pas un regard neuf sur les œuvres, alors ce théâtre de répertoire n’a plus lieu d’être ».— Le texte de la pièce est disponible à la Boutique
LE MISANTHROPE FUT CRÉÉ LE 4 JUIN 1666 par la troupe de Molière au Théâtre du Palais-Royal. Cette pièce prenait la suite de La Critique de l’École des femmes et de L’Impromptu de Versailles, petites comédies de salon qui avaient tant plu en 1663. Son succès fut réel, mais de courte durée. Molière y créa Alceste, Armande Béjart Célimène.
Le temps des emplois
Molière, Alceste de plus de quarante ans, transmit le rôle en 1672 au tout jeune Baron, alors âgé de dix-neuf ans. La Grange le reprit et l’interpréta jusqu’à sa mort en 1692, aux côtés d’Armande Béjart. Dès 1741, Grandval prit le rôle y ajoutant une certaine violence : il saisissait un fauteuil, le projetait à l’autre bout de la scène et s’asseyait le dos tourné à Philinte. Il joua notamment avec Madame Préville, grande Célimène. Ce fut Molé qui fit véritablement changer le regard du public sur Alceste, l’interprétant de manière beaucoup plus contrastée, habitée par la passion allant jusqu’à une violence extrême. À partir de 1783, il joua avec Mademoiselle Contat, élève de Madame Préville, qui, à son tour, enseignera le rôle à Mademoiselle Mars. Insolente et cruelle en Célimène, elle inventa le jeu de scène de l’éventail que son élève reprendra. En 1837, un nouveau spectacle fut donné à Versailles à l’occasion de l’inauguration du musée, avec de magnifiques costumes du XVIIe siècle dessinés par Paul Lormier et payés par Louis-Philippe. Jusque-là, les comédies de Molière se jouaient en costumes du temps. Mademoiselle Mars fut de cette création. Tout comme Mademoiselle Contat, son salon, à la ville, ses bons mots étaient recherchés de tous et elle incarna Célimène avec une grâce et un esprit mesurés.
Le temps des mises en scène
En 1878, l’administrateur Émile Perrin proposa une nouvelle distribution. Delaunay, l’interprète des héros de Musset, fut un Alceste charmeur auprès de Sophie Croizette. Worms perpétua ce nouvel Alceste séducteur mais en le nuançant de mélancolie. Cécile Sorel prit le rôle de Célimène, rôle qui lui fut peu disputé tant elle y brillait. Tandis que sur d’autres scènes, la veine comique d’Alceste fut accentuée (Coquelin, Lucien Guitry), Albert-Lambert composa un Alceste mesuré auprès de Mary Marquet.
En 1936, la première mise en scène moderne du Misanthrope fut proposée par Jacques Copeau avec Marie Bell en Célimène et Aimé Clariond en Alceste. À partir de cette date, la logique des emplois fut quelque peu abandonnée et Le Misanthrope fut d’autant plus une « pièce de troupe » que les comédiens adoptèrent différents rôles de la distribution suivant leurs âges et les mises en scène. Elle fut régulièrement donnée dans de nouvelles présentations de Pierre Dux en 1947, Jacques Charon en 1963, Jean-Luc Boutté et Catherine Hiegel en 1975, Pierre Dux en 1977, Jean-Pierre Vincent en 1984, Simon Eine en 1989, Jean-Pierre Miquel au Théâtre du Vieux-Colombier en 2000, Lukas Hemleb en 2007.
En reprenant une partie de la distribution de La Critique de l’École des femmes qu’il a mise en scène en 2011, Clément Hervieu-Léger poursuit le dialogue interrompu avec la petite pièce et perpétue les pratiques d’acteurs de la troupe de Molière.- Visuel : Le Misanthrope de Molière, 1936, avec Jean Debucourt, Aimé Clariond, Pierre Bertin – photo. Manuel frères, coll. CF
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Mise en scène : Clément Hervieu-Léger
Scénographie : Éric Ruf
Costumes : Caroline de Vivaise
Lumières : Bertrand Couderc
Musique originale : Pascal Sangla
Son : Jean-Luc Ristord
Coiffures : Fabrice Elineau
Assistanat à la mise en scène : Juliette Léger
Assistanat à la scénographie : Dominique Schmitt
Documents
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Programme du Misanthrope. Mise en scène de Clément Hervieu-Léger, scénographie d'Éric Ruf. Salle Richelieu (saison 2018/2019).